Plan prison : toujours en vertu des beaux principes !

Le 12 Septembre, Nicole Belloubet, Ministre de la Justice, a présenté son plan « Prison », passage obligé de chaque nouveau Ministre. Les plans se succèdent mais la solution proposée est toujours la même : construire des places de prison supplémentaires. Certes, on parle aussi de solutions alternatives à la détention, d’une agence des TIG (travaux d’intérêt général), de redéfinition de l’échelle des peines, de structures sur mesure pour un accompagnement à la sortie : « on a fait de l’emprisonnement la peine de référence unique, ce qui est inefficace. En dessous de six mois, elle désocialise plutôt qu’elle ne réinsère. ».

Vous avez raison, Madame la Ministre, mais elle désocialise aussi les condamnés à des peines plus lourdes.

Alors quand mettra-t-on sur pied un vrai plan de réinsertion ?

En 2016, Manuel Valls, alors Premier Ministre, avait commandé un rapport sur la réinsertion, enfoui dans les tiroirs comme la plupart des rapports.

En 2018 ce sont les députés de la commission des lois qui s’y sont penché. La Présidente, Yaël Braun-Pinet s’est entourée de Stéphane Mazars, Philippe Gosselin et Laurence Vichnievsky. Dans son rapport, (un de plus!) la commission met en avant le manque d’évaluation du coût global de la récidive et observe (quelle découverte !) que la prison ne remplit pas son rôle d’insertion : « alors qu’elle devrait être une école de la deuxième chance, elle devient trop souvent une école de la récidive. »

Pour nos députés il faut d’abord développer le travail en prison. En 1999, 43% des détenus avaient une activité professionnelle. En 2016, ils étaient seulement 28%. Pourquoi une telle baisse ? Bien que le travail en détention soit faiblement rémunéré (4€ de l’heure en moyenne), les entreprises sont réticentes à confier des tâches, même peu spécialisées, à des personnes sans formation, avec une faible productivité et d’énormes contraintes organisationnelles. Pour pallier ce problème, le rapport, prudent, conseille une…. réflexion !!!

En préalable, la commission donne quelques pistes : développer la formation professionnelle, effectuer un bilan de compétences à l’entrée en détention, développer des chantiers d’insertion et installer des dispositifs pour favoriser la coordination entre les différents acteurs. Un empilage d’évidences que tous les rapports précédents depuis trente ans ont soulignées !! Un chapelet de vœux pieux conclu, dans les faits, par un saupoudrage d’actions diverses et locales dues à l’initiative de directeurs de prison motivés et d’associations pleines de bonne volonté mais sans réels moyens.

La proposition n°1 du rapport est édifiante. Elle préconise de « s’appuyer sur le réseau local des associations pour développer leur intervention en prison et renforcer, dans le cadre de la mise en place du service national et du développement du service civique, les moyens humains de ces associations. » En clair pour la commission : pas de moyens financiers pour professionnaliser ces filières d’insertion. On appelle donc les citoyens de bonne volonté à suppléer l’Etat, bénévolement, pour accomplir une mission dont la responsabilité devrait échoir aux institutions du Ministère de la Justice.

Le rapport de nos députés s’intitule « Repenser la prison pour mieux réinsérer ». Le plan Prison du gouvernement veut bien repenser la prison mais sans donner les moyens nécessaires à la réinsertion.

Dans une tribune au Journal du Dimanche le vice-président de l’Assemblée Nationale Hugues Renson appelle le gouvernement à prendre le problème de la réinsertion à bras le corps et termine par : » la tâche est immense mais nous n’avons d’autres choix que de faire preuve d’audace !

De l’audace encore de l’audace !!!

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